Il faut une forme d’habileté rare pour revendiquer l’antiracisme tout en collectionnant les polémiques antisémites comme d’autres collectionnent les pins. Depuis plusieurs années, La France Insoumise cultive l’ambiguïté avec une précision chirurgicale : mots choisis, silences pesants, tweets à double lecture et caricatures « maladroites ».
Rien n’est jamais frontal, tout est glissé dans un lexique d’autojustification où la faute est toujours ailleurs : chez les “amis du Crif”, chez les “sionistes”, chez ceux qui “n’ont pas compris”.
Mais l’accumulation, elle, ne ment pas. Elle forme un corpus. Et ce corpus, c’est un manuel non-officiel du déni antisémite version insoumise.
Voici, point par point, un inventaire des glissements, des provocations et des retraits embarrassés qui composent aujourd’hui le vrai bilan moral de LFI sur cette question. Et c’est loin d’être un détail.
Mars 2018 : Quand Mélenchon s’invite là où on ne l’a pas convié

Le 28 mars 2018, suite au meurtre atrocement antisémite de Mireille Knoll, une marche blanche est organisée à Paris. Jean-Luc Mélenchon, dans un élan d’opportunisme ou de déni total de sa réception sur le terrain, s’y pointe fièrement. Problème : le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) avait explicitement exprimé son refus de voir défiler à ses côtés la figure du parti d’extrême gauche.
Mélenchon, fidèle à son style de minimisation tranquille, réduira l’événement à un « épiphénomène » causé par « 40 énergumènes ». Parce qu’apparemment, quand on se fait jeter d’une marche contre l’antisémitisme par ceux-là mêmes qu’on prétend soutenir, c’est juste une péripétie. Le message envoyé à la communauté juive ? « Votre douleur, vos règles. Mais je viens quand même. »
(Source : Le Point)
Décembre 2019 : Oukases communautaristes et fantasmes d’influence

En décembre 2019, Jean-Luc Mélenchon décide que la meilleure défense, c’est l’attaque paranoïaque. Dans un billet de blog à la sauce conspi-light, il soutient que Jeremy Corbyn, défait aux élections britanniques, aurait été victime d’une cabale orchestrée par « le grand rabbin d’Angleterre » et « les réseaux d’influence du Likoud ». Parce qu’apparemment, ce sont ces entités fantomatiques qui décident de l’avenir politique des leaders travaillistes. Il enchaîne ensuite en fustigeant « les oukases arrogants des communautaristes du Crif ». Rien que ça. Le lexique sent le complot et la vieille obsession d’une main invisible juive omnipotente.
Et comme la fuite en avant n’a jamais été un frein pour Mélenchon, il accuse aussi carrément le Crif de « mener une bataille politique » contre LFI en « inventant des antisémites » dès que ses interlocuteurs déplaisent. On applaudit la subtilité. Apparemment, l’antisémitisme est désormais une illusion d’optique fabriquée par ceux qui refusent d’applaudir Jean-Luc.
Devant le tollé, le tribun remonte sur BFMTV pour sortir l’indignation calibrée : « chaque Juif doit savoir que s’il est mis en cause parce qu’il est juif, il me trouvera à ses côtés ». Traduction : il aime les Juifs, mais seulement les silencieux. Puis, parce qu’un bon billet mérite une fin à la hauteur, il compare la critique du grand rabbin à une fatwa venue du Caire. Digne d’une conférence sur le complotisme en free jazz.
(Source : melenchon.fr, Le Point)
Octobre 2021 : Zemmour, le judaïsme et les raccourcis freudiens de Mélenchon

Il fallait oser, il l’a fait. En octobre 2021, alors qu’il est interrogé sur BFMTV à propos d’un éventuel antisémitisme d’Éric Zemmour, Jean-Luc Mélenchon, dans un grand moment de fulgurance floue, lâche que Zemmour « ne doit pas être antisémite » puisqu’il « reproduit beaucoup de scénarios culturels », notamment ceux du type « on ne change rien, on ne bouge pas, la créolisation mon Dieu quelle horreur ! », avant de conclure fièrement : « tout ça ce sont des traditions qui sont beaucoup liées au judaïsme ».
Traduction ? Le conservatisme raciste de Zemmour ne serait pas vraiment une tare personnelle, mais une extension culturelle de son héritage juif. C’est fascinant d’inventer un cliché antisémite tout en croyant dénoncer le racisme de l’autre. Résultat : tollé général, y compris chez les amis de gauche. Edwy Plenel dégaine le terme de « faute politique et morale », Aurore Bergé parle carrément de « nausée » devant « les pires clichés antisémites ».
Pris la main dans le cliché, Mélenchon joue ensuite la carte du bon vieux « malentendu » et du « je me suis mal exprimé ». C’est vrai, qui n’a jamais accidentellement essentialisé tout un peuple dans une phrase mal tournée ? Errare humanum est, persistere en direct sur BFMTV, Mélenchonesque.
(Sources : Radio France)
2022-2024 : Les candidats LFI, un casting de la gêne

À croire qu’un stage intensif de « que ne pas dire en 280 caractères » serait à prévoir pour les investis de LFI. Entre 2022 et 2024, plusieurs candidats insoumis se sont illustrés par des déclarations qui feraient frémir n’importe quel CM1 en cours d’EMC.
Prenons Reda Belkadi, par exemple. En juin 2024, juste avant des élections législatives partielles, on découvre qu’en 2018 ce fin penseur twittait fièrement qu’il avait traité « un pote juif de youpin » en classe. Une anecdote charmante, surtout lorsqu’elle est suivie de citations enthousiastes d’Alain Soral, le YouTuber de l’extrême droite antisémite en chef. Belkadi ? Éjecté. LFI annonce son exclusion immédiate en rappelant que chaque candidat avait signé une charte s’engageant à « rejeter tous les propos et comportements antisémites ». Il paraît que lire la charte était facultatif.
Mais la saga continue. Durant la campagne européenne de 2024, un autre candidat LFI, dont le bon goût rivalise avec celui d’un troll sous Lexomil, qualifie Raphaël Glucksmann de « candidat sioniste ». Le message est limpide : son attachement à Israël invaliderait sa légitimité en politique française. Glucksmann, qui a la décence d’être outré, parle de « propos antisémites insupportables ». À juste titre.
Et comment réagit la direction de LFI, cette sentinelle de la République ? Mathilde Panot, dans un exercice de langue de bois olympique, reconnaît que « des mots ont pu être dits », comme si quelqu’un avait éternué un slur en passant dans un couloir. Pas d’excuses. Pas de remise en question. Juste ce flou artistique où l’on espère que l’indignation passera plus vite que les bulletins de vote.
(Sources : Huffington Post, Le Figaro)
Novembre 2023 : L’antisémitisme ? Non merci, on manifeste plus tard

Le 12 novembre 2023, alors que la France connaît une flambée d’actes antisémites dans le sillage du massacre du 7 octobre perpétré par le Hamas, une grande marche unitaire est organisée à Paris. L’ensemble des partis démocratiques – de la droite républicaine aux socialistes – y participe. Tous ? Non. Une irréductible formation résiste encore et toujours à l’unité : La France Insoumise.
Plutôt que de marcher contre l’antisémitisme, Jean-Luc Mélenchon préfère tweeter. Et pas n’importe quoi : il qualifie cette mobilisation de « rendez-vous des amis inconditionnels du massacre » – autrement dit, une opération de com’ sioniste déguisée, rien de moins. Parce qu’à LFI, on ne sépare jamais la dénonciation de l’antisémitisme de leur opposition obsessionnelle à Israël. Résultat : indignation transpartisane. Même à gauche, les alliés tombent de leur chaise.
Emma Rafowicz, eurodéputée socialiste, résume le malaise : LFI minimise les agressions antisémites, flatte les préjugés de son électorat et s’enfonce dans un « cynisme » glaçant. Elle énumère les épisodes honteux : Mélenchon accusant Zemmour de « reproduire des traditions juives », Ersilia Soudais minimisant la profanation d’une statue d’Anne Frank, David Guiraud niant ou relativisant les exactions du Hamas. Bref, une ambiance de pot d’adieu à la dignité républicaine.
Et dans tout cela ? Pas un mot d’excuse, pas un geste de solidarité sincère. Juste une stratégie : tout ramener à Gaza, comme si dénoncer les pogroms en France exigeait une prise de position sur la politique israélienne.
(Sources : Le JDD)
Mars 2025 : L’affiche Hanouna ou la tentation du dessin nauséabond

Dans une performance graphique digne d’une réédition non consentie de Je Suis Partout, LFI diffuse en mars 2025 un visuel « antiraciste » où Cyril Hanouna apparaît avec tous les attributs visuels les plus rances de la propagande antisémite des années 1930 : visage sombre, nez proéminent, rictus carnassier – il ne manquait plus que les pièces d’or. Problème : Hanouna est d’origine juive tunisienne, ce qui donne à cette brillante œuvre un parfum pestilentiel d’illustration à l’ancienne, version L’Assiette au Beurre, édition collaborationniste.
Le scandale éclate. Certains cadres de LFI, dans un éclair de lucidité ou par peur des retombées, reconnaissent du bout des lèvres « une erreur ». Mais Jean-Luc Mélenchon, égal à lui-même, transforme l’affaire en procès politique : il accuse l’extrême droite d’instrumentalisation, et refuse de reconnaître le moindre relent antisémite dans cette création sortie tout droit d’un atelier de clichés visuels.
Arrêt sur Images et Télérama ne s’y trompent pas : « conscient ou pas, l’affiche LFI représentant Cyril Hanouna reprend les pires codes de l’antisémitisme culturel ». Même à gauche, le malaise est palpable. Mais pas chez LFI : eux voient un complot graphique ourdi par l’universalisme bourgeois. À ce niveau-là, ce n’est plus de la cécité, c’est une esthétique du déni.
(Sources : Arrêt sur images, Télérama)
Pour en conclure, l’antisémitisme n’a pas disparu, il a juste changé d’écharpe.
Il ne s’agit plus ici d’accidents de langage, mais d’un modèle rhétorique. D’un logiciel idéologique qui transforme toute critique en attaque politique, toute indignation en cabale, tout rappel historique en censure. Dans le monde selon LFI, les antisémites sont toujours imaginaires – ou alors dans les rangs d’en face. Jamais chez eux. Jamais sur leurs bancs. Jamais dans leurs affiches. Et pourtant…
Derrière les grandes envolées pour les droits humains se cache un cynisme froid, où l’antisémitisme devient un dommage collatéral, un « malentendu » utile, un angle mort stratégique. Le tout enveloppé dans une dialectique victimaire parfaitement rodée.
Ce n’est pas seulement un déni. C’est une méthode.
Et cette méthode mérite un nom : insoumission morale.







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