LFI, La grande trilogie de l’insoumission morale (Partie 3/3) : Mollahs, missiles et Mélenchon – la géopolitique du déni

À force de défendre les opprimés, LFI a fini par défendre les oppresseurs.
Et quand les bourreaux sont anti-occidentaux, alors ils deviennent presque fréquentables.
Parfois même… fréquentés.

À force de refuser le camp occidental, Jean-Luc Mélenchon et ses proches ont fini par flirter avec celui de Téhéran.

Le régime iranien ? Celui qui pend les femmes. Qui les viole parfois avant l’exécution, pour éviter qu’elles n’aient droit au paradis — parce qu’en enfer, c’est plus révolutionnaire. Celui qui écrase des révoltes à balles réelles, finance des milices islamistes, jure la destruction d’Israël tout en s’offrant une diplomatie façon Ayatollah Airlines.

Mais pour les insoumis ? Pas de quoi s’émouvoir. Tant que le mollah tape à droite, ça passe.

Quand Israël se défend, « on crie au génocide« .
Quand l’Iran arme le Hezbollah, on parle d’alliances “non-alignées”.
Quand Netanyahou bombarde une base du Hamas, « c’est la barbarie« .
Quand Téhéran promet de “rayer Tel-Aviv de la carte”, c’est un “appel à la désescalade”.

Le déséquilibre n’est pas seulement moral. Il est doctrinal.
Et il est assumé.

Ce troisième volet de notre trilogie explore cette zone grise où l’indignation se tait, où la realpolitik d’extrême gauche se maquille en vertu, et où l’insoumission devient fascination.
Où l’antisionisme n’est plus une opinion, mais une boussole.
Où le silence face aux dictatures devient stratégie.
Où l’ennemi de mon ennemi… devient mon ami.

Bienvenue dans le dernier acte.
Là où l’Iran n’est plus un régime autoritaire, mais une cause.
Et la gauche radicale, un service de presse officieux pour la République islamique.

Il était une fois Mélenchon condamnant les mollahs…

Avant d’être l’apôtre hexagonal de l’insoumission tous azimuts, Jean-Luc Mélenchon fut un homme de gauche plutôt classique. Et même un peu gaullien sur les bords — ce qui aujourd’hui relèverait du crime de « lèse-wokisme ».

En 1979, il salue la chute du Shah avec enthousiasme. Rien de scandaleux à cela : le régime impérial iranien était une dictature soutenue par l’Occident, donc la cause était bonne. Mais il jure, croix de bois croix de fer, ne jamais avoir fricoté avec les ayatollahs. Même quand Khomeini squattait Neauphle-le-Château comme un prophète Airbnb, Mélenchon tenait ses distances. Du moins, c’est ce qu’il affirme sur son blog – car rien n’est plus fiable qu’un billet auto-écrit quatre décennies après les faits.

Dans les années 2000, sous Ahmadinejad, Mélenchon se permet même un éclair de lucidité : il condamne les appels à “rayer Israël de la carte”. À l’époque, l’Iran l’inquiète encore. Il admet que Tel-Aviv puisse vouloir se défendre. Il trouve même que le nucléaire entre les mains de fanatiques apocalyptiques, ce n’est pas franchement rassurant. Bref, il pensait encore que les menaces de génocide ne sont pas des variables d’ajustement dans une chronique géopolitique.

Tout cela semble aujourd’hui sortir d’une autre galaxie. Mais souvenons-nous de lui. Car ce Mélenchon-là, capable de voir dans la République islamique autre chose qu’un “contrepoids stratégique”, a disparu.
Enterré sous des couches de tweets rageurs, de solidarités à géométrie variable, et de communiqués insoumis rédigés avec la nuance d’un panzer moral.

Et si le revirement est si flagrant, c’est peut-être parce qu’il n’est pas seulement idéologique. Il est aussi électoral.
Car après avoir raté le coche des Gilets Jaunes — ce soulèvement populaire qui aurait dû lui appartenir, mais dont il a raté le cœur battant en se perdant dans des incantations de tribun — Mélenchon a cherché un nouveau peuple.
Un peuple plus urbain, plus radicalisé, plus jeune parfois. Un peuple en colère, mais orienté.
Un peuple qui ne s’indigne plus contre toutes les dominations, seulement contre certaines.
Et surtout, un peuple malléable, façonné par l’algorithme — ces esprits où l’histoire s’écrit en threads et se pense en hashtags.
Un peuple qui vit sur les réseaux comme dans un bunker cognitif, où les faits sont des opinions et les opinions des drapeaux.

Mélenchon a compris que ce peuple-là ne lit plus les journaux, il lit les indignations. Alors il s’est adapté. Il a troqué la dialectique pour le tweet, la complexité pour l’emoji.
Et c’est ainsi que l’homme qui redoutait jadis les ambitions nucléaires de Téhéran en est venu à faire des mollahs des interlocuteurs légitimes.
Non pas parce qu’ils ont changé. Mais parce que l’électorat, lui, n’était plus le même.

2015–2018 – Accord sur l’atome, désaccord sur l’Occident

Mélenchon s’est réjoui de l’accord international sur le nucléaire iranien de 2015 (JCPOA). Il y voyait un pas vers la dénucléarisation du Proche-Orient — rêve d’un pacifisme à géométrie mystique, où même les régimes messianiques renoncent gentiment à l’arme ultime.

En 2018, quand Trump décide de bazarder l’accord comme un vulgaire tweet nocturne, Mélenchon se cabre : « désormais, guerre en vue en Iran », « Macron est un danger pour la paix ».
La prose est alarmiste, l’alignement Français est qualifié de « lamentable » et la faute, comme souvent chez Mélenchon, revient intégralement à l’Occident.
Téhéran ? Circulez, ce n’est pas le sujet.
Ce n’est jamais le sujet.

Il y a dans ce moment un basculement sémantique : l’Iran n’est plus un problème, mais un prétexte. Ce qui compte, ce n’est plus ce que fait le régime, c’est ce qu’on dit de lui.
Le mollah peut bien réprimer, menacer, torturer, violer ou rêver d’ogives : l’important, c’est de s’indigner contre le Pentagone et contre Macron, l’agent double du Deep State mondialiste et du lobby des shampooings nucléaires.

Mélenchon se rêve en non-aligné, mais sa boussole penche dangereusement à l’est.

2020 – Soleimani, martyr stratégique de l’insoumission

Janvier 2020. L’armée américaine fait sauter le général iranien Qassem Soleimani à Bagdad.
Mélenchon, lui, bondit sur son pupitre télévisuel comme un tribun en manque de caméras : « Les États-Unis sont totalement responsables de la tension ! »

Téhéran ? Circulez. Encore.

Il accuse Trump de « procédés irresponsables » et qualifie l’assassinat ciblé de Soleimani d’« acte de guerre ».
Le général iranien, chef des Gardiens de la révolution, architecte de guerres par procuration du Yémen à Beyrouth ?
Détail tactique. Ce qui compte, c’est l’axe du Mal occidental.

Mélenchon nuance (un peu). Il ajoute ne pas vouloir « disculper l’Iran » de ses « tares fondamentales ». C’est-à-dire : la théocratie et l’obsession de rayer Israël de la carte.
On pourrait croire à un sursaut moral. Mais non. Ce n’est qu’un encadré rhétorique, destiné à habiller de mesure ce qui est en réalité un plaidoyer pro-Téhéran masqué.

Car Mélenchon, en bon joueur d’échecs géopolitiques, rêve d’une France non-alignée…
L’antienne est rodée : l’ennemi, ce n’est jamais celui qu’on croit. C’est toujours l’Occident, et souvent les États-Unis. L’Iran, lui, c’est compliqué. Voilà comment on transforme une frappe ciblée contre un stratège militaire d’un régime autocratique en casus belli américain. La paix ? Oui, bien sûr. Mais surtout sans vexer les mollahs.

2020 (suite) – Théocratie, missiles et prudence lexicale

Toujours en janvier 2020, Mélenchon s’offre un tweet en guise de doctrine : USA et Iran ? Même combat. Deux fauteurs de guerre.
Mais l’extrême précaution de sa syntaxe finit par le trahir. Il écrit que sa dénonciation des États-Unis « n’exempte pas l’Iran »… comme si affirmer vouloir « rayer Israël de la carte » n’était pas, à soi seul, un motif de condamnation, mais un détail du débat.

Philippe Meyer, président du B’nai B’rith France, s’étrangle : « Oser préciser que vouloir détruire Israël n’est pas en soi un motif de condamnation de l’Iran est abject. »
Chez lui, l’indignation est aussi calibrée que la communication de l’ayatollah.

Mélenchon, offusqué d’être pris au mot, se défend : il a dit que ce projet était « insupportable ». Oui, mais pas condamnable. Juste… insupportable. Comme une mauvaise connexion Internet.

Ce n’est pas une faute d’analyse. C’est un symptôme.
La critique est toujours plus tranchante quand elle vise l’Occident. Pour le reste, Mélenchon opte pour la réserve stratégique, cette forme élégante du silence complice.
Pas une passion pour l’Iran. Plutôt une allergie obsessionnelle à Israël, aux « sionistes » et à ceux qui le soutiennent. À gauche, ça s’appelle la cohérence.

2022 – Mahsa Amini, hijab et hypocrisie algorithmique

Depuis sa fondation en 2016, La France insoumise aime rappeler qu’elle défend les droits humains surtout quand ils sont loin, flous, et qu’on peut les inscrire dans un programme électoral sans se mouiller.


Elle a bien sûr soutenu les campagnes pour la libération des détenus franco-iraniens, comme Fariba Adelkhah et Roland Marchal. Normal : c’est propre, c’est humanitaire, ça passe bien dans un communiqué sans froisser les partenaires.

Mais quand, en septembre 2022, Mahsa Amini est assassinée pour avoir porté son voile de travers, la vraie épreuve commence : faut-il parler ? Et surtout, comment ?

LFI publie rapidement un communiqué. On y célèbre « une révolution citoyenne de la jeunesse iranienne ». On évoque la « répression terrible » et on cite le nombre de morts.
Rien à dire, le timing est correct. Mais l’enthousiasme, lui, semble téléguidé.
Car très vite, l’enthousiasme laisse place à la gêne.

Le mot d’ordre « Femme, vie, liberté » est repris. Mais dans les rangs insoumis, ce slogan entre en collision directe avec un tabou bien français : le voile.
Car soutenir des Iraniennes qui brûlent leur hijab peut très vite ressembler — horreur — à de la critique du voile tout court. Et ça, chez LFI, c’est presque plus risqué que critiquer le Coran en conseil municipal.

C’est là qu’entre en scène Louis Boyard, notre poète de l’ambiguïté, qui balance en septembre 2022 cette perle comparative :

« Les hommes qui imposent le voile en Iran, ou ceux qui veulent l’arracher en France… même combat. »

Une phrase si plate qu’on pourrait l’encadrer dans un PowerPoint de Sciences Po.
Résultat : tollé immédiat. Marianne dénonce un « indécent parallèle ». Boyard, lui, découvre la différence entre souffrir et se plaindre sur Twitter.

Et LFI ? Elle tente de s’expliquer : on peut être solidaire des Iraniennes sans nourrir l’islamophobie ici. Ce qui, sur le papier, est vrai. Mais sur le terrain, se traduit par une chose : un malaise structurel face à l’islam politique, même quand il tue.

Car critiquer les mollahs, c’est s’exposer à une requalification politique : on pourrait finir rangé du côté des Zemmour, des Le Pen, ou pire… des laïcards de base.
Et ça, chez les Insoumis, c’est la vraie ligne rouge.


2023 – Le 7 octobre ou l’art d’excuser sans excuser – bienvenue en zone grise

Le 7 octobre 2023, le Hamas ouvre les hostilités avec une attaque d’une violence inédite contre Israël. Des civils sont massacrés, les femmes sont systématiquement violées puis tuées, des enfants sont enlevés et des familles sont décimées. L’émotion est mondiale. Chez LFI ? On tweete. Et pas n’importe quoi : un communiqué feutré évoquant une « offensive armée » des forces palestiniennes. Un euphémisme à rendre jaloux un spin doctor nord-coréen.

Pas un mot sur le terrorisme. Pas un mot sur les civils. Rien qui puisse, de près ou de loin, froisser les oreilles délicates du Hezbollah ou de leurs bailleurs iraniens. À la place, une thèse : tout cela n’est que le fruit mûr et douloureux de « décennies de colonisation », une colère venue du fond des âges. Une contextualisation si large qu’elle finit par dissoudre toute responsabilité.

La formule de Mélenchon : « On ne hurlera pas avec les loups ». Traduction : « On ne va pas condamner le Hamas comme vous le voudriez ». Le calcul est limpide : ne jamais reprendre la terminologie des “dominants” – même au prix d’un silence embarrassant sur le massacre d’innocents. Résultat ? LFI se prend un tir de barrage politique. À gauche, Jérôme Guedj explose en vol. À droite, on exulte. Et au centre, on cherche la sortie de la NUPES.

Mais au-delà du scandale immédiat, un autre acteur s’invite en coulisses : l’Iran. Officiellement absent du discours insoumis, mais omniprésent dans les esprits. Car chacun sait que derrière le Hamas, il y a le Hezbollah, et derrière le Hezbollah, il y a… Bingo.

Mais chez LFI, on préfère regarder ailleurs. Critique de Tsahal ? Tous les jours. Condamnation de Téhéran ? Trop clivant.

Et voilà comment une indignation sélective devient un fil rouge. Quand Israël agit, c’est une guerre coloniale. Quand l’Iran arme ses supplétifs, c’est le silence. Ou, pire, c’est justifié par le fait que « l’injustice faite aux Palestiniens alimente les tensions ». Une causalité magique qui transforme les missiles du Hezbollah en protestation légitime.

Ce jour-là, LFI n’a pas seulement perdu sa boussole morale. Elle a révélé qu’elle en avait changé.

13 avril 2024 – Quand les missiles tombent, la rhétorique s’envole – l’art de condamner à double détente

C’est un samedi soir comme les autres, sauf que cette fois, l’Iran décide de faire sauter la diplomatie. En représailles à un bombardement israélien sur son consulat en Syrie, Téhéran tire des missiles sur Israël. L’escalade, tant redoutée, est là. Brutale, frontale, assumée. Le monde retient son souffle.

C’est un samedi soir comme les autres, sauf que cette fois, l’Iran décide de faire sauter la diplomatie. En représailles à un bombardement israélien sur son consulat en Syrie, Téhéran tire des missiles sur Israël. L’escalade, tant redoutée, est là – brutale, frontale, assumée. Le monde retient son souffle.

Et LFI, pour une fois, condamne… les deux. Bravo ? Presque. Parce que dans l’insoumission, rien n’est jamais simple. La condamnation iranienne arrive, certes, mais accompagnée d’une série de notes de bas de page politiques. Oui, Téhéran a frappé, mais n’oublions pas qu’Israël avait tué seize personnes dans une ambassade. Oui, il y a escalade, mais souvenons-nous que Gaza est un « génocide » en cours. Bref, à chaque missile iranien, une virgule de contextualisation insoumise.

Et pour couronner le tout, Ersilia Soudais, députée LFI, vient souffler sur les braises. Sur X, elle accuse Netanyahou d’avoir « obtenu ce qu’il cherchait » – la guerre, l’embrasement, la riposte iranienne. Comme si Téhéran, fort de ses mollahs et missiles, n’avait pas de libre arbitre. Comme si la République islamique n’était qu’une réaction à l’Occident.

Ce n’est plus de la politique étrangère : c’est du freudisme géopolitique. Tout ce que fait l’Iran est la faute d’un autre.

Une fois de plus, la boussole morale de LFI pointe vers une obsession : tout ce qui vient d’Israël est toxique, tout ce qui vient d’Iran est, au pire, réactif. À ce stade, ce n’est plus une posture anti-guerre. C’est une ligne éditoriale.

1er octobre 2024 – Téhéran tire, Mélenchon cible… Tel Aviv

L’Histoire hésite parfois entre le tragique et le grotesque. Ce 1er octobre, l’Iran franchit une ligne rouge : pour la première fois depuis 1979, des missiles balistiques iraniens frappent directement Israël. Le monde observe avec sidération cette attaque sans précédent. La France condamne. L’Europe s’inquiète. Et Mélenchon… accuse Israël.

Sur X, l’ancien tribun de la République redéfinit l’agression : « Netanyahou entre en guerre avec l’Iran. » Les mots sont pesés, et leur cible choisie : les anti-sionistes et antisémites en herbe. Les missiles, eux, venaient d’Ispahan. Mais dans le lexique insoumis, la logique se plie à l’idéologie : l’assaillant devient provoqué, le bombardé devient incendiaire.

La sortie est d’autant plus frappante qu’elle reprend à la virgule près la version officielle du régime iranien. Netanyahou, nous explique-t-on, a tout planifié : les assassinats ciblés, l’escalade, la guerre totale. Téhéran ? Un acteur contraint, presque passif. Les missiles ? Une réponse compréhensible. Mélenchon ? Plus khomeiniste que les mollahs eux-mêmes.

Pendant que Macron dénonce une attaque « sans précédent », Mélenchon enjambe les faits pour asséner son refrain : Israël est le problème. Le contexte, les décennies de conflit, l’occupation… Tout est convoqué pour délégitimer la simple idée qu’un État puisse vouloir se défendre.

Ce n’est plus de la critique. C’est un automatisme. Une condition réflexe. Dès que Téhéran frappe, l’insoumis vise Jérusalem.

11 juin 2025 – “Ni Netanyahou, ni Khamenei” – ou l’équilibrisme de salon

Face à l’étranglement progressif du Proche-Orient dans un étau nucléaire, Jean-Luc Mélenchon sort l’arsenal lourd : un slogan. Ni Netanyahou, ni Khamenei. Chic, simple, bien balancé. Le genre de cri qui sonne bien en manif du NPA, surtout quand il faut éviter de trop désigner l’un plutôt que l’autre.

Aux côtés d’opposantes iraniennes (ça, c’est le vernis féministe), le chef insoumis se montre fier de rejeter « les deux monstres ». Sauf que dans sa bouche, le monstre israélien semble toujours un peu plus crochu que son homologue iranien. Netanyahou est « belliqueux », « criminel », « pyromane politique ». Khamenei ? Eh bien, c’est un théocrate, oui, mais il faut bien contextualiser.

Mélenchon insiste : aucune preuve n’existe que l’Iran s’apprête à utiliser une bombe nucléaire. Il cite les agences américaines, ce qui est cocasse venant d’un homme qui passe sa vie à dénoncer les manipulations des services occidentaux. Et pour lui, la peur du nucléaire iranien n’est qu’une arme de diversion aux mains de Netanyahou, un outil pour sauver sa peau politique.

LFI ressuscite ici son bon vieux “ni-ni” pacifiste : pas de guerre, pas d’alignement, pas de parti pris… mais toujours une diagonale narrative qui glisse doucement vers la défense de l’agressé désigné (l’Iran), sous couvert d’équité diplomatique. Car selon eux, le vrai danger, ce n’est pas un régime qui pend les homosexuels ou finance le Hezbollah. C’est la guerre que cela pourrait provoquer.

Le dilemme est donc bouclé : ne surtout pas désigner l’Iran comme menace nucléaire… car cela pourrait justifier une guerre.
Conclusion ? Mieux vaut s’aveugler que s’armer.
Mieux vaut un slogan que des sanctions.
Mieux vaut rester propre sur l’échiquier moral, quitte à perdre la partie sur le réel.

13 juin 2025 – Téhéran bombarde, LFI contextualise – L’apocalypse en kit, par Netanyahou

Une frappe israélienne sur le sol iranien. Des installations nucléaires visées. Un palier franchi, un monde figé. Mais dans le salon feutré de l’insoumission stratégique, la première réaction n’est pas : « Attention, risque de guerre nucléaire ». Non. C’est : « Qui pensait que cela se passerait autrement ? »

Dans son communiqué, La France insoumise dégaine son habituelle grammaire de l’équivalence morale : Israël agresse, l’Iran riposte, la responsabilité est partagée — mais pas vraiment. Car le méchant, c’est encore et toujours Netanyahou. Mélenchon n’embrasse pas les ayatollahs, non, mais il les trouve compréhensibles. Dérangeants, peut-être, mais pas irrationnels. Et puis surtout, ce n’est pas le sujet. Le vrai scandale, c’est l’alliance occidentale, Macron prêt à défendre Israël, l’ONU silencieuse, l’histoire déformée.

L’accord nucléaire de 2015 revient comme un mantra, un sésame diplomatique perdu. On l’invoque comme on récite une prière face à l’effondrement du réel. Que l’AIEA ait jugé l’Iran conforme n’implique rien sur ses ambitions stratégiques ? Détail. Que le régime clame encore vouloir « effacer Israël » ? On ne va pas faire du zèle.

Le texte ne défend pas le régime iranien, bien sûr. Mais il l’enrobe, l’absout partiellement, à force de vouloir équilibrer jusqu’à l’absurde. Une nouvelle fois, c’est l’indignation à géométrie variable qui domine : si l’Iran lance des missiles, c’est une réponse. Si Israël anticipe, c’est une agression.

La neutralité selon LFI, c’est une balance déséquilibrée, tenue à bout de bras sur le cadavre du multilatéralisme.

17 juin 2025 – Panot, Dufour, et l’art de prêcher contre le vent

Lors de la conférence de presse du 17 juin, la députée insoumise Alma Dufour réussit l’exploit d’affirmer que « l’Iran est l’agressé et Israël l’agresseur« . Une synthèse parfaite de l’impensé insoumis : inverser la chronologie, ignorer les missiles, accuser le plus armé même quand il réagit.

Derrière elle, Mathilde Panot enfonce le clou : « la position de la France est scandaleuse« . Traduction : ne pas soutenir la diplomatie iranienne, c’est être complice de la guerre. Que les Mollahs aient déchaîné une pluie de missiles sur une population civile importe peu. La seule question, chez LFI, reste toujours : qui sont les dominants ? Et qui sont les résistants ?

À force de s’opposer à l’impérialisme, on en vient à accuser l’Occident même quand c’est l’Iran qui tire. Et là réside le paradoxe de LFI : prétendre être « non aligné » tout en étant aligné, toujours, sur le discours d’un régime théocratique parce qu’il parle la langue de l’anti-impérialisme.

Résultat : à l’Assemblée, le ministre Jean-Noël Barrot finit par trancher net : « Vous vous faites l’avocate du régime iranien. » Une phrase qui résume l’exaspération d’une classe politique face à un mouvement qui, à force de défendre la paix, finit par faire la guerre aux faits.

Et pendant ce temps-là, à Téhéran, les dirigeants n’en croient pas leur chance : même en bombardant, ils trouvent encore des soutiens en Occident.

18 juin 2025 – Hassan, antisionisme obsessionnel et antifascisme facultatif

Le 18 juin 2025, Rima Hassan prend la parole au Parlement européen. Pas pour dénoncer les missiles balistiques iraniens. Pas pour évoquer les femmes emprisonnées à Evin. Non : pour tancer la cheffe de la diplomatie européenne et dénoncer la « complicité avec l’État colonial israélien ».

Les frappes iraniennes ? Oubliées. Les missiles ? Dissous dans le grand bain rhétorique. La Palestine est l’alpha et l’oméga, l’écran de fumée absolu.

Mais ce n’est pas fini. Elle alimente sa cause d’une matière bien particulière : le choc visuel. Vidéos, enfants morts, larmes palestiniennes… et au passage, elle glisse les victimes iraniennes sous les frappes israéliennes, pour rappeler à tous que – devinez quoi – Israël est partout, même quand c’est l’Iran qui tire.

Et lorsque certains osent pointer les ambiguïtés, comme Charlotte Rocher qui l’accuse d’instrumentaliser la lutte des Iraniennes tout en défendant leurs bourreaux, elle ne répond pas. Elle retweete. Elle enchaîne. Elle juxtapose Gaza et Ispahan comme si la géographie n’avait jamais été qu’un détail idéologique.

Le 26 juin 2024, elle affirmait que des Palestiniens étaient « violés par des chiens de l’armée israélienne« , en citant un rapport de l’ONU… qui ne dit rien de tel. La réalité : il parle d’intimidation par l’usage de chiens, pas d’agression sexuelle canine. Mais chez Rima Hassan, l’horreur doit être à la hauteur de l’indignation. Quand la réalité ne suffit pas, on l’augmente. À ce stade, ce n’est plus de la désinformation, c’est de la mythologie en temps réel.

Car Rima Hassan, c’est la figure totem d’une insoumission qui a troqué l’universalité des droits contre le confort de la stigmatisation ciblée. L’Iran peut tuer, opprimer, tirer des missiles ? Peu importe. Ce qui compte, c’est qu’Israël existe – et qu’on puisse lui imputer le chaos du monde.

Mélanger Palestine et Iran, c’est sa recette miracle : l’un est l’émotion, l’autre la géopolitique. Ensemble, ils forment un conte moral dans lequel l’oppresseur est toujours le même – et la complexité, toujours une trahison.

Les positions de LFI sur le trio Iran-Israël-Palestine ne relèvent plus du simple débat idéologique : elles ont muté en ligne de fracture nationale. La création d’une commission d’enquête parlementaire, le 18 juin 2025, en est la conséquence logique, voire inévitable. Officiellement, il s’agit d’examiner de possibles liens entre LFI et des mouvements islamistes. Officieusement, c’est le cri d’alarme d’un État qui regarde, ahuri, une partie de son opposition flirter sans complexe avec la propagande d’un régime théocratique étranger, tout en hurlant à la paix.

Car chez LFI, on ne choisit pas entre l’Iran et Israël — on les amalgame. Chaque condamnation d’un missile iranien s’accompagne d’un rappel du « génocide à Gaza ». Chaque critique du Hezbollah est immédiatement suivie d’une charge contre l’« apartheid israélien ». Cette symétrie obsessionnelle n’est pas un humanisme, c’est une stratégie. Une façon de bâtir un récit unique où les opprimés sont toujours les mêmes, où l’impérialisme est toujours occidental, et où la République islamique devient presque, par contraste, un acteur tolérable.

Et dans ce théâtre d’ombres, surgit, à chaque fois… Rima Hassan — l’égérie de la nouvelle radicalité et de l’antisémitisme chic. Elle tweete des vidéos insoutenables de Gaza pendant qu’on parle de Téhéran. Elle hurle « colonialisme ! » à chaque micro-ouverture de la bouche d’un opposant. Elle dénonce, elle accable, elle martèle — mais toujours en direction d’Israël. Le régime iranien ? Un mot rapide, une condamnation polie, puis retour au sujet principal : les sionistes.
Derrière elle, une armée numérique de militants décérébrés qui confondent antisionisme et antisémite bingo, armés de leurs téléphones comme des lances de bois contre la nuance.

Car voilà le cœur du problème : tout cela n’a plus grand-chose à voir avec la paix.
LFI n’informe pas, elle performe. Elle ne cherche pas le consensus, mais le clivage. Elle parle à un électorat bien identifié, qu’elle flatte par le ressentiment et la victimisation permanente. Et tant pis si, ce faisant, elle fracture encore un peu plus la société française. Tant pis si elle attise les haines qu’elle prétend combattre. Car l’essentiel, pour les Insoumis, n’est plus d’unir — mais de rallier. Quitte à jeter de l’huile sur tous les feux.

Bienvenue dans la diplomatie insoumise. Où le réel est accessoire. Où l’ennemi est toujours l’Occident. Et où la paix, c’est quand Israël se tait et que Téhéran parle.

Épilogue – L’insoumission morale : trois actes pour un naufrage

Trois volets, un fil rouge : celui de la compromission. LFI n’est pas simplement un parti radical. C’est devenu un vecteur. De révisionnisme sémantique. De haine recyclée. D’un antisionisme tellement obsessionnel qu’il finit par suinter l’antisémitisme. D’un discours de paix tellement asymétrique qu’il épouse les logiques les plus brutales. D’un anti-impérialisme qui, à force de refuser l’Occident, flirte avec l’orientalisme le plus complaisant — version mollah.

De la défense des opprimés, il ne reste qu’un vernis. LFI choisit ses opprimés, à géométrie politique. Israël est systématiquement coupable, l’Iran systématiquement contextualisé. Le Hamas est “une force armée”. Les Gardiens de la Révolution sont des « partenaires » à ne pas brusquer.
Et la haine d’Israël ? Un point de ralliement idéologique. Le cri de guerre d’un électorat ciblé, nourri au ressentiment, abreuvé de réseaux sociaux, et entraîné à confondre islamisme et émancipation.

Qu’on se le dise : LFI n’est pas seulement ambiguë. Elle est raciste, dans sa manière de traiter certains peuples comme des sujets, et d’autres comme des causes. Elle est antisémite, dans son refus structurel de l’exception juive, dans sa diabolisation méthodique d’un État et d’un peuple. Elle est, surtout, en guerre contre l’universalisme républicain.

Car derrière le masque de l’insoumission, il y a une entreprise de démolition. Démolition de la nuance. Démolition du dialogue. Démolition de la mémoire. Un projet politique qui divise pour exister, et qui, pour exister, choisit ses haines avec soin.

Alors non, LFI ne fait plus de politique. Elle fabrique du ressentiment.

Et cette trilogie ? Ce n’est pas un réquisitoire. C’est une nécrologie.
Celle d’un mouvement qui disait vouloir tout changer — et qui a tout sali.

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